Exposé complet sur l'Électricité Statique
Introduction
L'électricité
statique se rencontre partout: dans les résidences, les usines et la
nature. Elle est générée en petite quantité lorsqu'on se peigne les
cheveux ou lorsqu'on marche sur un tapis, en quantité moyenne dans des
machines ou en très grande quantité dans les coups de foudre. Elle est
presque toujours sans conséquence fâcheuse sauf pour un choc déplaisant.
Dans d'autres cas, elle peut produire des catastrophes. C'est le cas
du coup de foudre qui peut conduire à l'électrocution ou à un incendie.
Même en petite quantité, elle peut conduire à une explosion et à un
incendie dans des circonstances particulières comme en présence de
mélanges explosifs.
Nature de l'électricité statique
La
matière est constituée d'atomes qui ont un noyau avec des charges
positives et des électrons en périphérie qui ont des charges négatives.
Ces charges sont présentes dans toute la matière et tous les atomes.
Les charges positives et négatives sont normalement en quantités égales
et la matière est électriquement neutre. Pour différentes raisons, les
électrons peuvent être enlevés d'un matériau et transmis à un autre. Le
deuxième matériau aura aussi un surplus d'électrons et sera donc
négatif alors que le premier aura une déficience d'électrons et sera
positif.
Ce transfert de charges peut être fait de différentes manières.
La
Figure 1 montre deux objets A et B entre lesquels on applique une
différence de potentiel V à l'aide d'une source qui peut être une
batterie par exemple. Le pôle positif de la batterie attirera les
électrons de l'objet B comme il est indiqué par la flèche C. Cela
laisse une déficience d'électrons sur l'objet B qui sera aussi chargé
positivement.On notera qu'une perte d'électrons revient au même qu'un
gain de charges positives et l'un ne peut être reconnu de l'autre par
ses effets électriques.
De la même façon, l'objet A sera chargé
négativement puisque le pôle négatif de la batterie repousse les charges
négatives vers l'objet A. Il y aura alors un surplus d'électrons ou de
charges négatives vers l'objet A.On aura remarqué que dans la discussion
ci-haut, nous avons utilisé le fait que les charges de même signes se
repoussent et que les charges de signes opposés s'attirent.
Nous reviendrons sur ce point.
Lorsque
deux objets de nature différente sont frottés l'un sur l'autre, il se
produit un transfert de charges d'un matériau vers l'autre.Si, ensuite,
on les sépare, ils seront chargés, l'un positivement et l'autre
négativement.
En fait, le frottement n'est pas nécessaire; il
suffit de mettre les matériaux en contact et de les séparer pour
produire l'effet. Le frottement ne fait que d'assurer un contact plus
énergique. Par exemple, lorsqu'on marche sur un tapis, il y a
génération d'électricité statique même si les pieds ne glissent pas.
La
quantité de charge générée dépend de la matière des matériaux en
contact, de leurs surfaces, de la façon dont la séparation est faite et
de bien d'autres facteurs.
La présence d'un film de graisse ou
d'humidité en surface peut affecter grandement les résultats.Certains
matériaux ont une grande propension à perdre des charges ou à en
acquérir.
Cette facilité est donnée dans le Tableau 1 qu'on
appelle la série triboélectrique. Les premiers matériaux sont ceux qui
ont le plus tendance à devenir positif alors que ceux de la fin tendent à
devenir négatifs ou accepter des charges.
Il va de soi que, plus
deux matériaux sont loin l'un de l'autre dans cette liste, plus il y
aura tendance à générer de grandes charges d'électricité statique suite à
une séparation des surfaces.Ainsi, pour faire un générateur
d'électricité statique on utilisera deux matériaux éloignés.
Dans
le cas où on désire éviter les problèmes d'électricité statique, on
choisira deux matériaux rapprochés.Cela explique pourquoi deux personnes
marchant sur la même moquette pourront être soumises à des chocs
d'intensités différentes dépendant de la nature des semelles des
souliers.
| Série triboélectrique |
| Fourrure de lapin (plus positif) |
| verre |
| nylon |
| laine |
| fourrure de chat |
| coton |
| soie |
| dacron |
| polyvinylchloré |
| polyéthylène |
| caoutchouc |
| Teflon |
| Saran wrap (plus négatif) |
Tableau 1
Force et charge
Lorsque deux objets sont chargés il y a alors une force qui s'exerce entre les deux objets qui est donnée par:
où: F est la force en newton Qa et Qb sont les charges en coulombs sur les objets a et b, respectivement et R est la distance entre les deux charges. Le nombre 10exp9 veut dire l'unité suivie de neuf zéros ou un milliard.
La
force en sera une d'attraction si les charges sont de signes opposés et
de répulsion si les charges sont de même signe. À cause du nombre 9 x
10exp9 dans l'équation (1), on pourrait penser que les forces sont
énormes. Ce serait le cas si les charges étaient de l'ordre de l'unité.
Cependant, une charge de coulomb est énorme. En pratique, les charges
sont presque toujours très faibles et les forces électrostatiques le
sont également. Un électron constitue une charge de 1,6 x 10exp-19
coulomb. Ainsi, il faut une charge de 6 x 10exp18 électrons pour
constituer un coulomb.
La facilité avec laquelle un système de
deux objets peut accumuler des charges s'appelle la capacité et
s'exprime en farads. On a la relation suivante:
où C est la capacité en farad, V est la tension en volts entre les deux objets et Q est la charge en coulomb sur chacun des objets.
L'expérience
illustrée à la page suivante est instructive et peut être reproduite
facilement par le lecteur.Prenons deux verres à café en mousse de
plastique (styrofoam). On perce un petit trou au fond de chacun de
ceux-ci et on y introduit un fil léger avec un nœud et on les suspend
comme il est indiqué sur la Figure 2.On charge simultanément les deux
verres en contact l'un avec l'autre en les frottant sur un autre
matériau comme un gilet de laine ou sur ses cheveux.
Les verres sont ainsi chargés avec une charge sur chacun d'eux.
Les verres se repoussent avec une force F donnée par:
où R est la distance entre les deux verres en mètre.
Soit M la masse, en kilogramme d'un verre. A partir de considérations géométriques sur la Figure 2,on peut écrire:
où est
l'angle entre la vertical et les deux fils alors que g est la constante
gravitationnelle terrestre. En égalant les équations (3) et (4) et
après avoir réarrangé les termes, on retrouve:
Puisque Q = CV(équation 2), on peut transformer pour exprimer la tension V
Pour un cas ou:
M = 0.0025kg g = 9.8m/(s*s) R = 0.1m q= 10° C = 2*10Exp-8 farad
on trouve:
Q=7*10Exp-8 coulomb et V= 35 000volts
Une
telle tension peut sembler très élevée mais elle n'a rien
d'exceptionnel.Par exemple, en hiver, lorsque l'air est très sec, si on
marche sur un tapis et qu'on approche un doigt d'une pièce métallique,
l'électricité saute dans l'air entre son doigt et l'objet. On a une
décharge électrique. Le saut se fait sur une distance de l'ordre de
quelques millimètres et parfois jusqu'à environ un centimètre. Pour les
petites distances, l'air éclate à un champ électrique d'environ 3 000
volts par millimètre de distance. Ainsi, la tension peut facilement
atteindre quelques dizaines de milliers de volts, dépendant des
conditions.
Il n'est pas nécessaire de comprendre les équations
qui ont été données plus haut pour suivre la suite de cet exposé. Elles
n'ont été développées que pour ceux qui ont un certain intérêt et une
formation scientifique.
On sait que ces décharges
électrostatiques, bien que déplaisantes, ne sont pas mortelles.Cela peut
sembler surprenant à première vue puisque la tension est très élevée.
Notons que la quantité de charge est très faible soit de l'ordre de
10exp-7 coulomb. Cette charge correspond, par exemple, à un courant de
0,0001 ampère pendant 0,001 seconde. On sait qu'un courant d'un ampère
correspond à un débit d'un coulomb par seconde. On voit pourquoi ces
décharges sont normalement sans conséquences sauf dans le cas de
systèmes où la capacité C est très grande. On verra que c'est le cas
pour la foudre.
Pour ces décharges de courte durée, le danger
d'électrocution mortelle n'existe que lorsque l'énergie emmagasinée dans
le système est de l'ordre de 20 joules. On considère généralement une
énergie de l'ordre de 10 à 50 joules comme constituant un danger sérieux
d'électrocution. L'énergie , en joule, emmagasinée dans un
condensateur C est donnée par:
Ainsi, dans l'exemple donné plus haut avec les deux verres chargés, l'énergie est de
E = 1/2*(2*10exp-12*35000exp2) joule soit 0.0012 joule
Dans
le cas de deux personnes qui s'apprêtent à se donner la main, la
capacité entre les personnes est de l'ordre de 100 x 10exp-12 farad.
Ainsi, en supposant que la différence de potentiel est de 30 000 volts,
l'énergie emmagasinée est de:
E = 1/2*(100*10exp-12*35000exp2) joule soit 0.18 joule
Même
dans ce dernier cas, l'énergie en jeu est environ 100 fois plus faible
que le niveau dangereux pour l'électrocution. Signalons que le choc
peut être déplaisant et que, le mouvement de recul qui s'ensuit
instinctivement peut conduire à des dangers tels une chute.
Conducteurs et isolants
Du
point de vue électrique, les matériaux sont classifiés comme
conducteurs ou isolants.Tous les métaux et leurs alliages sont des bons
conducteurs à un degré plus ou moins élevé. De façon générale, les
alliages, quoique bons conducteurs, le sont à un degré moindre que les
métaux purs. Par contre, les matières plastiques, le bois, le coton, la
soie et le papier sont des isolants électriques.
D'autres
matériaux ont une conductivité intermédiaire entre ces derniers. C'est
le cas du carbone dont la conductivité se situe entre celle des
conducteurs et des isolants bien qu'il soit plus près des conducteurs
que des isolants. L'eau est aussi un matériau intermédiaire qui n'est
ni bon isolant, ni bon conducteur. Bien que l'eau parfaitement pure soit
un assez bon isolant, en pratique ce liquide contient toujours des sels
dissous et cela le rend un peu conducteur d'électricité.La conductivité
augmente rapidement en fonction des sels ou acides dissous.
Plus
haut, nous mentionnions que le bois, les tissus et le papier sont de
bons isolants électriques. Ces matériaux sont poreux et peuvent
absorber une certaine quantité d'eau. Ils ne sont pas absolument secs.
Par exemple, dans une température ambiante de 20° C et 50% d'humidité
relative dans l'air, le bois contient environ 8% de sa masse en eau. Ces
matériaux sont de plus en plus conducteurs lorsqu'ils sont de plus en
plus humides. Même des matériaux imperméables comme le plastique peuvent
produire une conduction de surface si les conditions sont telles que la
surface devient humide ou mouillée.Cela serait particulièrement vrai en
milieu salin ou acide.
En électricité, les courants se mesurent
en ampères. Par exemple, un grille-pain tire un courant de 12 ampères;
le débit est donc de 12 coulombs par seconde. On l'a vu plus haut, en
électricité statique, les charges ne sont qu'une très faible fraction
d'un coulomb.
Le moindre courant de fuite fera disparaître toutes
les charges très rapidement. Pour ces raisons, un matériau qui laisse
fuir les charges même à un faible degré sera considéré comme un
conducteur pour l'électricité statique et un isolant par un technicien
en électricité. Par exemple, un tapis dans l'air humide à 70% sera un
très bon isolant pour la tension 120 V domestique. Par contre, ce même
tapis est suffisamment conducteur pour éliminer toutes les charges
statiques. Ainsi, pour ce dernier cas, il sera un conducteur. Le
lecteur aura sans doute déjà remarqué que les chocs électrostatiques se
produisent seulement lorsque l'air est sec, par exemple, dans un édifice
chauffé l'hiver.
Plus l'air est sec, plus les problèmes
d'électricité statique sont susceptibles de se produire. En général, si
l'air contient plus de 50 ou 60% d'humidité relative, les problèmes
d'électricité statique sont minimes ou inexistants. On voit là une
solution simple pour résoudre ce problème; il suffit d'humidifier l'air.
On
croit souvent, à tort, que l'air humide est plus conducteur que l'air
sec.D'ailleurs, le paragraphe précédent peut le laisser croire puisque,
en humidifiant l'air, on prévient l'accumulation des charges. En fait,
ce qui se passe, est que l'air humide mouille les surfaces et, surtout,
augmente le contenu en eau des matériaux. Ce sont eux qui, rendus plus
conducteurs préviennent l'accumulation des charges. Ainsi, on prévient
l'accumulation des charges en mouillant les matériaux isolants.
L'effet de l'humidité de l'air n'est que de rendre les matériaux partiellement conducteurs de l'électricité.
Le
lecteur aura sans doute remarqué que certains tissus fraîchement lavés
causentdes problèmes d'électricité statique. Avec le temps, les
problèmes disparaissent même si l'air est toujours sec. Cela vient du
fait qu'un matériau devient sale à cause de l'air et de la sueur. On
ajoute ainsi des matières polluantes sur le tissu et il devient moins
bon isolant. On ajoute quelquefois des produits à la lessive pour
éviter le problème. Je ne connais pas le secret des manufacturiers mais
il est probable qu'on ajoute certains sels ou autres produits pour
rendre le matériau partiellement conducteur. C'est l'équivalent de
s'assurer d'une certaine quantité de polluant.
Danger d'ignition
Si
on ajoute des charges sur un objet, la tension augmente jusqu'à ce
qu'il y ait éclatement de l'isolant ou de l'air qui l'entoure.
Généralement, cette tension est limitée à quelques milliers ou dizaines
de milliers de volts. Exceptionnellement, cette tension peut approcher
100 000 volts. Lorsqu'il y a éclatement de l'isolant ou de l'air, il se
produit une décharge électrique lumineuse et un petit bruit sec.
On l'a vu, l'énergie emmagasinée dans un condensateur est:
Si
cette énergie est suffisamment élevée, il peut y avoir ignition de
certaines substances. Le tableau II donne l'énergie minimale requise
pour l'ignition de certaines substances. On remarquera que pour les
poussières en suspension dans l'air, l'énergie est beaucoup plus grande
que celle requise pour les vapeurs de gaz combustibles.
L'énergie
donnée dans ce tableau est exprimée en mJ (milli Joule). Les valeurs
données sont le niveau au-dessus duquel il y a danger d'ignition. C'est
le niveau d'énergie pour lequel l'ignition s'est faite sous des
conditions contrôlées en laboratoire. Cela suppose que le mélange est
en proportion telle qu'il soit combustible et explosif. Il va de soi
que, par exemple, si les vapeurs d'essence sont en dessous de la plage
explosion, l'explosion sera impossible. De même que pour les poussières
en suspension, le danger donné correspond à celui obtenu avec des
particules très fines bien mélangées dans l'air et dans la proportion la
plus dangereuse.
Ainsi, dans bien des cas, l'énergie pourrait
être bien plus élevée que celle qui est donnée-au Tableau II et
l'explosion pourrait très bien ne pas se produire. D'autres
conditions,telles de basses températures ou un pourcentage d'humidité
élevé peut également diminuer considérablement le danger d'explosion.
Cependant, étant donné les conséquences catastrophiques que peut
constituer une explosion, il faut prévoir une marge de sécurité.
|
|
| Type de matériau | Énergie minimale(mJ) |
| A- Vapeurs combustibles | |
| Essence | 0.2 |
| Éthylène | 0.075 |
| Hydrogène | 0.011 |
| Méthane | 0.28 |
| Propane | 0.16 |
| B- Poussières en suspension | |
| Aluminium | 50@280 |
| Poussière de bois | 20@40 |
| Poussière de chocolat | 100 |
| Poudre noire | 300 |
Tableau II
Pour
calculer l'énergie, il faut estimer la tension et la capacité. En
général, un calcul précis n'est pas possible ou requis; il faudra
cependant prévoir une marge de sécurité. La tension pourra être estimée
à partir de la distance d'éclatement. Il faut environ 30 000 V par
centimètre.
Pour
des formes géométriques simples, il est facile de calculer la capacité
entre deux objets. Pour des plaques, la valeur de la capacité C est
donnée par (voir Figure 3a).
où
A est la surface des plaques en mètre carré et d est la distance en
mètre entre celles-ci. Cette équation n'est strictement valable que si d
est petit par rapport aux dimensions des plaques. Pour deux cylindres
concentriques comme il est montré sur la Figure 3b, on a:
où les dimensions en mètres, sont données sur la figure.
Pour deux sphères concentriques de rayons a et b comme à la Figure 3c, on a
où encore une fois, les dimensions sont données sur la figure
Si le matériau entre les deux conducteurs est autres que l'air, il faut
multiplier les valeurs obtenues des équations 8, 9 et 10 par la
constante électrique relative du matériau. Cette constante est
généralement de l'ordre de 2 à 5 pour presque tous les matériaux usuels
tels le bois, les matières plastiques et les huiles.
Il est
cependant très rare que les configurations géométriques soient aussi
simples que celles qui sont données sur la Figure 3. Généralement, on
est plutôt confronté avec la capacité entre un objet quelconque et les
objets environnants. Il est intéressant de remarquer que, si dans
l'équation (10) on fait b très grand, la capacité devient:
C = 111*10-12*a
où
a est le rayon de l'objet. On a alors la capacité entre cet objet
sphérique et une sphère infiniment grande autour de la sphère de rayon
a. On a aussi une valeur limite minimale qui peut être utilisée dans
certains cas.
La capacité entre un être humain et des objets
environnants est généralement comprise entre[50 et 500]*10exp-12 farad.
La valeur exacte dépend de la grosseur et de la proximité des objets
environnants. La plage des valeurs données ci-haut est représentative de
la réalité pour des problèmes d'électrostatique.
Par exemple, un
être humain, qui marche sur un tapis alors que l'air est sec, peut
facilement, générer une tension de 5 000 V. Avec une capacité de
200*10exp-12 farad, l'énergie emmagasinée est de
É = 1/2*200*10-12*50002 = 0.0025joule ou 2.5mJ
Cette
énergie est suffisante pour initier une explosion dans des vapeurs
d'essence; elle est cependant insuffisante pour initier une explosion
dans des poussières en suspension comme le montre le Tableau II.
Cependant, on pourrait montrer qu'une sphère d'un pouce de diamètre
chargée à 4 000 V ne pourrait pas initier une explosion, même dans les
pires conditions.
Temps de relaxation
Si
on place des charges de façon ponctuelle sur un objet, ces charges,
puisqu'elles se repoussent, ont tendance à se répartir éventuellement
sur tout l'objet. Évidemment, cette redistribution se fera de façon
très rapide si l'objet est un bon conducteur. Le temps sera beaucoup
plus long dans le cas d'un isolant. Pour un isolant parfait, il ne
pourrait y avoir de redistribution mais ce matériau parfait n'existe pas
dans la nature.
Supposons que l'on place une densité de charge r
en coulomb par mètre cube sur un certain matériau. On peut montrer que,
après un certain temps T en secondes, la densité de charges est donnée
par:
er est la permittivité du vide et égal à 8,85 x10-12 farad par mètre eo est la permittivité relative est la conductivité du matériau en siémen par mètre Des valeurs représentatives de er,s et T sont données dans le Tableau III pour quelques matériaux.
|
|
| Matériau | er | s siémen/m | T second |
| cuivre | 1 | 5.25*107 | 1.6*10-19 |
| nylon,plexiglass | 3.5 | 1010 | 0.3 |
| eau distillée | 81 | 10-4 | 7*10-6 |
| hydrocarbonnes légers | 2.1 | 10-13 | 186(3min) |
| hydrocarbonnes purifiés | 2.1 | 10-15 | 18600(5h |
Tableau III
Le
temps T est une constante de temps ou le temps de relaxation. C'est le
temps au bout duquel la densité de charge aura diminué à 36,8% de sa
valeur initiale.Après un temps égal à 3T, la densité aura diminué à 5%
de sa valeur initiale.
On le voit sur le Tableau III, dans les
conducteurs, les charges se redistribuent de façon presque
instantanée.Même pour l'eau pure, la redistribution se fait de façon
très rapide. On note cependant que les hydrocarbones ont une très grande
constante de temps puisque ce sont de très bons isolants électriques.
Ils sont peu ou pas utilisés comme tels à cause de leur combustibilité.
Ainsi, dans un réservoir de produits pétroliers, il peut exister des
charges positives dans une certaine région et des charges négatives dans
une autre. Il faudra un temps très long avant que ces charges se
redistribuent. De plus, lors d'un transbordement de tels produits, à
cause de l'écoulement, il peut se créer de grandes charges et présenter
un danger d'ignition.
Bien que des charges puissent être
accumulées dans le liquide et créer des différences de potentiel à
l'intérieur de celui-ci, le réservoir, s'il est métallique sera soumis à
un potentiel constant sur toute sa surface.
Cependant, cette
surface peut très bien être à un potentiel plus ou moins élevé par
rapport au sol ou par rapport à un autre réservoir. En effet, les pneus
d'un camion constituent un isolant par rapport au sol.
On pourra
éviter les différences de potentiel entre deux réservoirs en reliant
ceux-ci par un conducteur électrique. Pour éviter de créer de grandes
charges, on limite la vitesse d'écoulement à environ un mètre par
seconde. Dans ce cas, l'écoulement est laminaire et sans turbulence;
cela diminue grandement la ségrégation des charges.
Générateurs
Nous
allons voir maintenant comment on peut générer des charges. Certains
de ces dispositifs sont utilisés pour générer de très hautes tensions
continues. Le débit de courant est en général très faible.
Alternativement, pour éviter de générer des charges, il faudra éviter ces situations.
Un
dispositif très courant pour générer des charges est le générateur Van
deGraaff. La Figure 4 montre un tel générateur. Il est constitué d'une
courroie isolante qui passe sur deux rouleaux. Le rouleau du bas est
entraîné par un moteur - ou manuellement - comme il est indiqué sur la
figure. On applique des charges sur la courroie avec un peigne (A)
constitué de plusieurs petits fils conducteurs en contact avec la
courroie. Ce peigne est maintenu à une tension négative par rapport à
la base. Cette tension peut être de quelques volts dans les petits
générateurs et de quelques milliers de volts dans les grands systèmes.
On
applique ainsi des charges négatives sur la courroie. À cause du
déplacement de courroie, ces charges sont entraînées vers le haut où un
autre peigne (B) collecte ces charges pour les distribuer sur la sphère
métallique du haut. Cette sphère doit évidemment être isolée de la
base, par exemple, par un tube isolant.
On peut ajuster le taux de
charge en variant la tension V de l'accumulateur. On peut d'ailleurs
changer la polarité des charges sur la sphère du haut en changeant la
polarité de la l'accumulateur. Dans les petits générateurs,
l'accumulateur est souvent omise et la charge se produit quand même.
Dans les gros systèmes, on installe une résistance(entre la courroie et
le collecteur métallique) avec un espace d'éclatement en E pour limiter
le potentiel à une valeur maximale.
Le débit est limité en général
à l'ordre du microampère. Il peut toujours être augmenté en utilisant
une courroie plus large ou en utilisant plusieurs de celles-ci.
Ces générateurs atteignent facilement 20 000 à 100 000 volts. Certains gros systèmes génèrent plusieurs millions de volts.
Le
lecteur notera qu'il faut de la puissance mécanique provenant du
moteur pour accumuler des charges, bien que cette puissance soit faible.
En se référant à la Figure 4, les charges négatives sur la courroie
sont repoussées par la charge sur la sphère et il faut fournir une force
sur la courroie pour monter les charges. Éventuellement, quand la
sphère est chargée à son maximum, les charges ne sont plus enlevées par
le peigne du haut. Les charges restent sur la courroie dans ses parties
ascendante et descendante. La force de répulsion dans la partie de la
courroie montante est égale à la force de répulsion sur la partie
descendante. On n'a plus à fournir de puissance. Évidemment, le moteur
devra toujours fournir les pertes par friction dans le système.
Supposons
qu'un générateur fonctionne à 100 kV et que le courant débité est de
0,1 ma., la puissance mécanique requise pour déplacer la courroie est
alors de
100 000 x 0,001 = 10 watts
Évidemment, en plus, il faudra aussi fournir les pertes par friction dans le système.
On
aura remarqué que ce système se produit de façon presque identique en
usine et peut alors causer des problèmes. Ce serait le cas d'une
courroie qui se déplace sur deux rouleaux. Il peut alors se produire de
grandes tensions si une ou l'autre poulie est isolée. Ce serait aussi
le cas d'un rouleau de papier qu'on déroule rapidement. On peut
reproduire cet effet en tirant rapidement un ruban adhésif d'un rouleau.
À l'occasion, en l'absence d'éclairage, on peut voir des décharges au
point où le ruban se détache.
Il existe bien d'autres systèmes de génération de charges.
Par exemple, des charges peuvent être accumulées ou déplacées par induction.La Figure 5 montre un objet A chargé positivement.
Si on approche un objet B de l'objet A, bien que le premier soit électriquement neutre, il y aura redistribution de charges.
Les
charges négatives de l'objet B sont attirées vers l'objet A et
l'inverse se produit pour les charges positives.Cette redistribution se
fait de façon extrêmement rapide si la tige est faite d'un matériau
conducteur. La redistribution peut être très lente dans le cas d'un bon
isolant.
Considérons maintenant la Figure 6.
En
l'absence des objets A et B les tiges C et D ont des charges
distribuées uniformément. En approchant deux objets A et B chargés, il y
a une redistribution de charges sur les deux tiges comme il est indiqué
sur la figure.
Si, maintenant, on relie les deux tiges C et D
par un conducteur E comme il est indiqué en pointillé, les charges sur
les extrémités F et G se déplaceront pour s'annihiler.En enlevant le
conducteur E, on laissera la tige C avec une charge négative et la tige D
avec une charge positive. On a ainsi chargé deux tiges par induction.
Il
existe même un générateur qui fonctionne sur ce principe d'induction;
c'est le générateur Dirod.Par un système mécanique ingénieux, on répète
le processus indéfiniment par rotation, en coupant et refaisant des
contacts. Le même phénomène peut se produire en pratique si des objets
chargés se déplacent relativement à d'autres; on induit ainsi des
charges.
Il existe dans le commerce des générateurs hautes
tensions. En général, on génère une haute tension alternative avec un
transformateur et, ensuite, cette tension est redressée par des diodes
et filtrée par des condensateurs.
Pour diminuer le poids, ces systèmes opèrent quelquefois à hautes fréquences.
Souvent, on utilise un système ingénieux de diodes et de condensateurs pour multiplier la tension de sortie.
De
tels systèmes sont utilisés pour produire la haute tension du tube
écran d'un téléviseur ou pour les filtres électrostatiques.
Prévention
Les
problèmes causés par l'électricité statique peuvent aller du simple
inconvénient mineur à la conflagration. Ainsi le niveau de prévention
sera fonction des conséquences et du coût. Dans plusieurs cas, on
pourra accepter le problème sans rien faire pour le corriger. Dans le
cas d'atmosphères possiblement explosives, il faudra prendre des moyens
multiples et extrêmes, peu importe le coût. Évidemment, dans ce dernier
exemple, la première solution est d'éviter le danger d'explosion par la
ventilation des lieux. Si cela ne peut être fait, il faut réduire le
plus possible le volume où le danger existe et réduire celui-ci au
strict minimum.
Une façon de réduire les problèmes d'électricité
statique est de rendre les matériaux conducteurs en les rendant humides.
Généralement un niveau d'humidité relative de 70% élimine le problème.
Dans certains cas, un niveau de 50% est suffisant. Dans d'autre cas,
avec le Téflon et d'autres plastiques, l'eau n'est pas absorbée et on ne
peut se fier qu'à l'humidité de surface. Certains de ces matériaux
sont encore isolants même à des niveaux d'humidité de 90% et plus.
Dépendant des circonstances, on pourra humidifier toute la pièce ou,
encore, un simple jet de vapeur d'eau près de l'endroit à protéger.
Cette vapeur peut provenir d'un plat d'eau bouillante. Il va de soi
que, dans certaines circonstances, un haut pourcentage d'humidité n'est
pas acceptable.
Une autre façon de remédier au problème est de
rendre le matériau ou sa surface partiellement conductrice. Le matériau
peut être rendu plus conducteur par l'ajout de fibres de métal ou des
particules de carbone distribuées dans le matériau. On peut aussi
traiter la surface pour la rendre plus conductrice. Cette méthode peut
bien ne pas être acceptable car le produit est ainsi modifié. On aura
noté que cette solution est de même nature que la précédente. Rappelons
que les charges électrostatiques sont en très faible quantité et que la
moindre conductivité est suffisante pour résoudre le problème.
Pour
éviter les charges sur les systèmes, il suffit de rendre l'air un peu
conducteur de l'électricité. Pour ce faire, on a qu'à produire des
ions. Cela correspond à dissocier les molécules de sorte qu'on se
retrouve avec des électrons libres et des molécules chargées
positivement.
La production d'ions peut être obtenue avec une
flamme, certaines sources radioactives ou avec des sources à haute
tension. Dans ce dernier cas, on applique une haute tension sur des
pointes. À l'extrémité de celles-ci, l'air se trouve ionisé. On
utilise souvent un genre de peigne dont chacune des dents correspond à
une pointe. Les ions se recombinent rapidement avec les électrons;
ainsi, l'efficacité de ce système est limitée à une faible distance des
pointes, généralement jusqu'à quelques dizaines de centimètres. On
pourra, par exemple, placer un peigne le long de la ligne où on déroule
une feuille de papier. Cette méthode, bien que très intéressante et
pratique peut être à proscrire dans certains cas. En présence
d'atmosphère explosive, il peut y avoir arc électrique et explosion. De
plus, le cas échéant, ces pointes peuvent représenter un danger pour le
personnel.
Si des charges s'accumulent sur un objet métallique
isolé du sol, on peut les éliminer facilement en reliant cet objet à la
terre. Une résistance, même d'un million d'ohms, est très efficace dans
ce cas. Généralement, les charges ne sont transférées qu'au taux de
10-6 coulomb par seconde (10-6 ampère) et ainsi, la tension ne serait
que de 10-6 x 10+6 = 1 volt. Il va de soi que si les charges
s'accumulent sur un matériau isolant, cette dernière méthode ne peut
s'appliquer, à moins qu'on rende l'objet conducteur par un dépôt de
surface.
À l'occasion, dans la fabrication d'objets délicats et de
certains dispositifs à semi conducteurs, on désire mettre les personnes
à la terre pour qu'une décharge intempestive ne vienne pas détruire les
dispositifs. On le fait, par exemple, avec un collet conducteur placé
sur une jambe ou autour du poignet. Dans de telles conditions, une
personne qui viendrait en contact avec le 120 V serait soumise à un très
grand risque d'électrocution. Pour obvier à ce risque, la mise à la
terre se ait avec une résistance de 25 000 ohms ou plus. Dans ce cas, si
l'électrification se produit, le courant sera limité à 120/25 000 =
0,005 A. Ce courant, bien que déplaisant à un faible degré, n'est pas
mortel. On peut d'ailleurs utiliser une résistance plus élevée en
autant qu'elle soit suffisamment basse pour prévenir l'accumulation de
charge. Si on limite le courant à 0,001 A, le choc électrique éventuel
sera imperceptible pour la majorité des gens. Ce courant correspond au
seuil de perception de l'être humain.
Explosion
Nous
avons déjà mentionné le danger d'ignition et d'explosion associé à
l'électricité statique. Ce danger ne peut exister que dans certaines
circonstances bien particulières mais qui peuvent se rencontrer en
pratique. Pour que la chose soit possible il faut que toutes les
conditions suivantes soient réalisées simultanément:
i) génération de charges ii) système d'accumulation des charges iii) l'énergie accumulée soit au-dessus du seuil d'ignition iv) une atmosphère explosive v) un claquage du milieu isolant, généralement le gaz ambiant
Considérons
le cas d'une souris qui génère de l'électricité statique. La capacité
entre une souris et une plaque à proximité peut être de l'ordre de 10-12
farad. À 10 000 V, l'énergie disponible est de
L'énergie est plus
faible que celle d'ignition donnée au Tableau II. L'ignition est donc
impossible ou, tout au moins, très peu probable. Par contre, la décharge
au bout d'un doigt d'un être humain sur un gros objet à proximité peut
conduire à une explosion en présence de vapeurs combustibles.
Cependant, l'explosion en présence de poussières combustibles serait peu
probable ou impossible.
Il y a lieu de signaler que, dans l'arc
d'une décharge électrostatique, une partie appréciable de l'énergie est
absorbée par les plaques en présence. Cela diminue le danger
d'ignition. Pour ces décharges, la publication NFPA 77 du National Fire
Protection Association dit que "les décharges électrostatiques qui se
produisent à moins de 1500 V sont peu susceptibles de produire
l'ignition en présence de vapeurs d'hydrocarbone saturées à cause de la
petite distance entre les électrodes" (traduction libre). Évidemment,
le danger serait très réel dans le cas d'un arc avec un courant élevé.
En
présence de vapeur d'hydrocarbone, le danger d'ignition par
l'électricité, autre que de sources électrostatiques, est très grande.
Par exemple, l'ouverture d'un circuit même à 120 V, 1A produit une
étincelle. Si l'ouverture dure une milliseconde, on peut estimer
l'énergie dans l'arc produit comme environ 60 millijoule. En se référant
au Tableau II, on constate que le danger est grand pour beaucoup de
produits. Signalons finalement que le simple fait de frapper deux
objets en pierre ou en acier peut produire l'ignition en présence de
vapeur combustible. Il faudrait donc être prudent avant de pointer
l'électricité statique comme cause d'ignition. Des causes plus
plausibles, a priori, seraient l'ouverture d'un contact, le démarrage
d'un moteur ou d'un autre dispositif électrique. Dans une résidence, un
atelier, un garage, s'il y a fuite de gaz ou évaporation d'essence dans
des proportions appropriées pendant un certain temps, l'ignition est
presque certaine suite à l'ouverture ou la fermeture d'un interrupteur,
le démarrage d'un moteur, l'opération d'un thermostat et de bien
d'autres dispositifs électriques contrôlés manuellement ou de façon
automatique.
Électricité statique utile
Nous
avons vu que l'électricité statique peut être la source de problèmes.
Nous ne voudrions pas terminer ce court exposé sans signaler quelques
utilisations pratiques.
On utilise le filtre électrostatique pour
filtrer l'air et enlever les particules fines en suspension. Les plus
grosses particules sont enlevées par un filtre mécanique. Cette
filtration se fait comme il est indiqué sur la Figure 7. Un ventilateur
A pousse l'air à travers un espace où on a placé des fils tendus B à
une haute tension négative. En passant entre ces fils, les particules
en suspension sont chargées négativement. Par la suite, ces particules
passent entre des plaques chargées positivement et les particules sont
attirées et déposées sur les plaques positives. Il suffit de nettoyer
ces plaques de temps à autre. Ces systèmes peuvent aussi servir à
récupérer des particules en suspension qui ont une valeur commerciale.
Il va de soi que les systèmes réels sont plus complexes que le système
montré sur la Figure 7.
On
utilise aussi les charges électrostatiques pour peindre des objets en
usine.Le faisceau de peinture est chargé de sorte que les particules de
peinture ont des charges négatives.Ces particules se repoussent et
permettent ainsi une distribution plus uniforme.
Par la suite, les particules sont attirées vers l'objet à peindre qui, lui, est chargé positivement.
Dans
cette dernière condition, à cause de l'attraction des particules vers
l'objet à peindre, très peu de particules sont perdues et presque toutes
se déposent sur l'objet.
Pour ces applications, on utilise
presque toujours des générateurs à haute tension à partir de circuits
électriques et non pas des générateurs électrostatiques comme celui de
Van deGraaff.
Ils sont plus faciles à réaliser et leurs fonctionnement et contrôle plussûrs.
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